Découverte “Wendy Code”
29 déc
Marseille, 2001. La formation initiale de Wendy Code évolue ; séparés par des projets annexes, Kris, compositeur du groupe et Dorian, guitariste, restent les seuls rescapés. Leurs masters (universitaires) en poche, le duo s’éloigne peu à peu des bancs de la fac pour se concentrer sur un nouveau projet. Plutôt que de chercher un nouveau batteur, ils décident de faire confiance à une groove box et à un séquenceur pour les accompagner. Le son de Wendy Code naît de ce mélange entre électronique et sons organiques. Restait alors à trouver une source d’inspiration, un fil d’Ariane les accompagnant dans leurs déambulations artistiques.
Ecrire et composer autour de leurs journées, leurs nuits, leurs amours ne leur semblaient pas des plus palpitantes… Au détour de leur unique concert avec cette formation minimaliste et technologique, une fille attire leur attention, non seulement pour sa beauté mais aussi par la concentration et l’intérêt qu’elle porte à leur musique tout au long de leur live.
La rencontre se fait, comme une évidence, elle s’appelle Wendy. Ils ne se quittent plus, s’instaure alors une relation semblable à celle d’un modèle et de son peintre. Wendy est et sera le sujet de prédilection du projet Wendy Code.
Alors que ce nouveau processus créatif s’est mis en place depuis quelques mois, Wendy et ses biographes musicaux se retrouvent autour d’un verre pour faire un point :
Dorian :”En fait, Wendy, le choix de travailler en nous basant sur toi et sur ta vie s’est imposé à nous, d’une part parce que ta vie est riche de tellement de situations intéressantes à raconter, et rassemble tellement de phases, de personnalités différentes, de sentiments, que notre source d’inspiration est là, sous nos yeux. Tu n’as qu’à agir pour que l’on puisse ensuite créer”
Wendy : “Ca, j’ai bien compris comment vous opériez…En revanche, dès que j’ai une anecdote ou une tranche de vie à vous raconter, je me demande vraiment comment vous allez la retranscrire en musique …. Kris m’expliquait que les arrangements que vous faisiez traduisaient des endroits, des moments, des urgences, et c’est vrai que le disque développe une infinité d’ambiances… Tout se dessine autour de n’importe quel morceau, c’est très cinématographique comme musique, électronique, puis rock, trip hop même, mais on y trouve un facteur commun, une identité qui fait que le tout est homogène… Que l’on écoute Poupée de Nuit, très dancefloor, Colour of a Rimbaud, une pause presque électro-champêtre,ou Eternity and TNT très froide et lyrique, on peut dire dès les premières notes que c’est Wendy Code, mais j’aime la surprise permanente que vous instaurez…On ne sait pas où l’on va être emmené !!!”
Kris : “On voulait justifier notre démarche, celle de ne pas nous enfermer dans un style, d’utiliser de l’électronique, des cordes, des guitares électriques, des effets sur les voix. Chaque arrangement illustre quelque chose de précis…. Et puis chacun de nous vient de cultures musicales différentes… De tout cela, nous en tirons une richesse… Nous ne pouvons nous passer d’aucun de ces éléments”
Wendy : “Pourrais-tu détailler ton propos ? Je voudrais savoir comment et autour de quoi démarre le processus”
Elle est le chef d’orchestre et la source d’inspiration.
Wendy n’intervient jamais sur la musique , elle n’est pas musicienne. Ils parlent, entre eux ou avec elle, ils l’observent, tout se fait simplement, comme par alchimie.
Les chansons prennent des allures d’illustration sonores. Elles partent d’images racontées ou vécues par elle. Chaque instrument, dans les arrangements, est le fidèle représentant d’un détail des décors de sa vie, chaque voix est un sentiment, des pas dans ces décors…
Kris : « Ok, par exemple, dans We’re Forgotten Legends le refrain et le couplet sont une seule et même mélodie mais avec des accords et des arrangements assez différents. … Elle débute avec un couplet où nous sommes inhibés, comme cachés, complexés… Le refrain, est plus conquérant, comme une prise de pouvoir. Un trop plein de frustratiosn qui s’expriment dans une révolution mal ordonnée… Tu me disais que les vraies légendes étaient des gens simples, mais intègres, souvent ignorés ou mal compris… Tu te souviens de ça ? Et bien, c’est parti de cette phrase… cette chanson est née comme cela »
Dorian : « Ou alors, tiens, un autre exemple me vient à l’esprit… Dans At the Party, on traduit le sentiment de ton pote Hugo (fou amoureux de toi) avant ses envies de meurtre, le soir où tu l’as emmené à ta soirée de fin de promo …Il y a l’électronique ambiant de la soirée, puis des plongées dans les pensées d’Hugo où l’on s’aventure dans un rock presque progressif… Il parle avec un rhodes dans ce morceau !… Des respirations, une incantation personnelle, puis il sort des toilettes pour chercher ce mec et donc, retour au son du dancefloor… »
Wendy : «Vous savez qu’on pourrait vous prendre pour des malades… Et le rythme, du coup, vient naturellement, selon la situation… Et pour les instruments, ça se passe comment dans vos choix ?… Vous élaborez des métaphores au moyen des sons en fait ? »
Dorian : «On n’a aucune limite ou presque. C’est vrai que nous avons nos méthodes de prédilection, nos petits préférés… Pour les guitares et la basse, ça reste assez 70’s… Puis on utilise tout, les melotrons, en particulier, les voix graves, les flûtes et les cordes… Ensuite, on aime bien faire décoller le navire avec les voix de Kris, haut perchées, et de l’electro plus scintillant… C’est le cas dans Number One ou Eternity and TNT, dans lesquels on mélange des accents de guitares à la George Harrison alors que la rythmique et les cordes sont plus nordiques, voire glaciales… »
Kris : «En fait, on se sert de tout ce qui a été fait d’intéressant en matière de son… On ne se dit pas «Houla, ça, ça n’est pas a la mode » ou «ça ne se fait plus » etc.. .ou encore «On ne mélange pas des cordes avec un buzz de Moog ou je ne sais quoi »… ça ne nous dérange pas de casser ces règles et ces frontières ! C’est peut-être ce qui fait notre particularité… Je crois définitivement que nous sommes bien plus inspiré par des compositeurs comme Philip Glass, Ennio Moricone, John Barry ou Erik Satie, que par un groupe de rock en particulier…»
Dorian: “Oui. Appartenir à un style ou une à époque ne nous intéresse guère. Nos influences sont inconscientes et même si certains groupes nous mettent en extase, nos soirées sont plutôt teintées de cinéma et de BO… Et également de classique du fait de notre attachement aux harmonies… »
Wendy : “En tout cas, j’adore le titre de l’album, «Am I Snowing ?», ou comment traduire un sentiment, avec un verbe qui ne s’emploie pourtant pas avec une personne physique. »
Kris : “Et puis la neige, dans l’esprit d’un sibérien, est sans doute plus liée à la mélancolie et à la pénibilité que pour un gamin de Floride qui ne la verra tomber qu’une fois dans sa vie et trouvera cela merveilleux… Honnêtement, je pense que c’est ce verbe qui traduit le mieux tout ce que tu as pu ressentir dans le récit des morceaux de cet album”






